Pourquoi le nombre de cas de COVID-19 est-il inférieur aux attentes en Afrique subsaharienne ? Une analyse transversale du rôle des facteurs démographiques et géographiques
Pourquoi le nombre de cas de COVID-19 est-il inférieur aux attentes en Afrique subsaharienne ? Une analyse transversale du rôle des facteurs démographiques et géographiques
Pierre Nguimkeu, Sosson Tadadjeu : World Development (2021)
Contrairement aux prévisions initiales de l'OMS, la gravité de la pandémie de nouveau coronavirus est restée relativement faible en Afrique subsaharienne, plus de deux mois après l'identification des premiers cas confirmés. Dans cet article, nous analysons dans quelle mesure les facteurs démographiques et géographiques liés à la maladie expliquent ce phénomène. Nous utilisons des données accessibles au public provenant d'un échantillon de 182 pays à travers le monde et nous employons une analyse de régression qui tient compte d'éventuelles erreurs de déclaration des cas de COVID-19, ainsi qu'une spécification de type Ramsey qui préserve le degré de liberté. Nous avons constaté que la proportion de la population âgée de 65 ans et plus, la densité de population et l'urbanisation sont significativement associées de manière positive à un nombre élevé de cas actifs infectés, tandis que la température moyenne autour du premier trimestre (janvier-mars) est négativement associée à ce résultat lié au COVID-19. Ces facteurs sont ceux pour lesquels l'Afrique dispose d'un avantage comparatif. En revanche, les facteurs pour lesquels l'Afrique a un désavantage relatif, tels que le revenu et la qualité des infrastructures de soins de santé, se révèlent être des prédicteurs non significatifs de la propagation de la pandémie. Ces résultats restent valables même en tenant compte d'un éventuel sous-rapport des cas, ainsi que des différences dans la durée de l'épidémie dans chaque pays, mesurée par le temps écoulé depuis le premier cas confirmé. Nous concluons que les différences dans les caractéristiques démographiques et géographiques permettent de comprendre la progression relativement faible de la pandémie en Afrique subsaharienne ainsi que l'écart dans le nombre de cas actifs entre cette région et le reste du monde. Nous avons également constaté, cependant, que cet écart est insignifiant au-delà de ces facteurs et devrait se réduire avec le temps à mesure que la pandémie évolue. Ces résultats fournissent des éléments de réflexion pour les politiques urbaines pertinentes et les types de planification du développement à considérer dans la lutte contre la propagation des maladies de type coronavirus.
